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dimanche, 30 décembre 2007

Tu réfléchis trop...

Qu'est-ce que réfléchir ? Et qu'est-ce que penser ?
Je n'y répondrai pas en entier parce que je n'ai pas tous les éléments pour, et bien d'autres avant moi auront su dire ou écrire là-dessus. J'ai en revanche quelques éléments que j'aimerai vous soumettre à vous qui m'aiderez peut-être à y voir plus clair ou à avancer.

Réfléchir donc n'est pas la même chose que penser.
La réflexion, prenons son sens littéral, est ce qui réfléchit quelque chose. Un miroir réfléchit, j'y trouve aussi bien mon reflet narcissique que l'objectivation de mon corps, la réflexion donc consistant à l'objectivation de toute chose. Je ne reviendrai pas sur le stade du miroir chez Lacan ni sur la dialectique hegellienne que nous prenons comme acquis de la philosophie. Le processus d'objectivation et la saisie de moi comme Autre étant une des clefs nécessaire à toute réfléxion...
Penser maintenant. On peut tourner en rond, on peut penser en rond, la pensée peut fort bien devenir malade - comme souvent selon moi chez les philosophes - s'enrouler sur elle-même, reproduisant un simulacre du réel, tout aussi bien l'objet qu'elle n'a pas et tente de saisir, l'objet qu'elle tente de devenir pour elle-même, l'objet qu'elle n'est pas pour elle-même, et à force de se ressaisir de l'extérieur, à force de se faire objet d'elle-même dans tant et tant d'extériorité, se détacher, devenir double et devenir folle.
La pensée est donc une chose qui se doit d'être simple (ce qui ne veut pas dire nécessairement non complexe), la réflexion elle, étant nécessairement double, doublée... ??? Qu'en pensez-vous ?

Le psychotique lui ne pense plus, il panse. Il est vrai qu'il y a tant de choses à panser dans ce monde. Enigme (???) du français - cette langue que j'aime tant : quand penser revient à panser, à soigner... Mais la pensée peut tout aussi bien servir de pansement que de panse. Le psychotique penserait-il donc avec son ventre ? Peut-on dire cela ? Où est la limite ? Entre le névrosé qui psychosomatise ou ce que l'on appelera l'obsessionnel et le psychotique qui a déjà dépassé ce stade, où est-il arrivé celui-là ? Nous voudrions bien établir une échelle, une gradation, nous dire qu'il ne s'agit que de mesure, que de dosage, on oubliera que changer d'échelle c'est aussi changer de paradigme. Penser la psychose serait s'armer d'une pensée toute autre. Or, une pensée toute autre serait une pensée sortie d'elle-même en quelque sorte. Est-ce que cela est possible ? Il semblerait (d'après Lacan) que si nous nous immergeons dans l'ordre du symbolique cela le devienne, mais n'y a-t-il pas autant d'ordres symboliques que d'individus ? ...

Cherchons-nous dès lors à force de réfléchir à sortir de nous-même ? Non cela serait faire fausse route. En revanche, prenant la réflexion comme outil de la pensée, elle servirait à faire accoucher la pensée d'elle-même, voici alors la maïeutique platonicienne, et sa méthode l'elenchos.  

Nous retrouvons la force créatrice de la pensée. Et si nous l'aimons cette force, si grâce à elle, grâce à notre pensée, nous parvenons à dégager quelques bribes du réel, qui nous tombent comme ça, nous approcher de la vérité, nous la faire sentir, si nous parvenons à ce niveau de conscience et de lucidité où nous savons, pertinemment, que nous sommes dans le juste, que nous sommes dans l'absolu justesse de la chose à saisir, que nous avons dès lors sur elle les yeux grands ouverts, c'est parce que ce mouvement, cette ressaisie là, cette justesse là nous emplit d'une certaine allégresse, celle d'avoir compris, celle de savoir pertinemment, d'avoir raison, que la chose est là devant nous et que nous sommes au coeur de ce qui la cause : moi je dirais l'esprit, vivant et animé !

 

L'autorité

Je viens de voir un reportage comme il en passe tant et tant sur l'autorité. Des jeunes, perdus, recrutés par l'armée, suivent un parcours disciplinaire sensé les réintégrer dans "la vie normale" (comme dirait Gad).

Je devrais peut-être suivre ce genre de commando me suis-je dit... Et j'ai rebroussé chemin quand j'ai vu leur cours de réinsertion. Un prof de comportemental leur expliquait la hiérarchie, l'autorité au sein de l'entreprise. "Il faut respecter la hiérarchie"... Il faut, il faut, il faut... Aucune explication, juste des ordres ; aucune explication sur le pourquoi ni le comment obéir..."Quoi ça te fait rire la hiérarchie ? Tu as un problème avec l'autorité ?" Evidemment ils n'étaient pas en cours de philo, seul endroit, s'il en est encore... où il est possible d'interroger la légitimité de l'obéissance, la légitimité de la soumission, celle de la hiérarchie, de l'autorité donc, et a fortiori, du pouvoir...
Non ils étaient en cours de discipline comportementale, ce que l'on cherchait dans ce cours ce n'était pas d'aborder le fond du problème, trop difficile, trop compliqué, et puis vous imaginez le prof scié la branche sur laquelle il est assis... non non non... trop de remise en question, trop de remise en cause... Ah La Cause...

- un prof de philo déjanté avait posé une question délurée à une ancienne amie à moi "y a-t-il une cause de la cause ?" ; ce à quoi Lacan aurait peut-être répondu... "Il n'y a pas de métalangage" - l'informatique voudrait bien prouver le contraire... ; alors que répondriez-vous, vous, à cette question "y a-t-il une cause de la cause ?" La Cause ultime quoi ! Le principe générateur et spontané, un ilôt du divin... où est mon désir ? où est mon esprit ? les 2 principes générateurs ? les seuls ? Qu'en pensez-vous ?

Bien j'arrête de divaguer, et reviens à mes moutons, gentils moutons prêts à ... rentrer dans les ordres !!!

Enfin pas tant que ça... On essaie, on veut leur donner des outils... Moi j'en ai plein des outils, je ne sais pas comment les utiliser... aussi pratique qu'une bite : qu'est-ce qu'on en fait ?

Décidemment j'ai du mal à revenir à mes moutons !

Donc nous en étions à la discipline comportementale... Ils étaient censés apprendre comment - comment - se comporter au sein d'une entreprise, on pourrait extrapoler jusqu'à comment se conduire en société, c'est bien évidemment du même ordre. C'est qu'il y a des codes, ça, on ne leur a pas dit ! Oui oui il y a des codes dans chaque société... Savoir bien se conduire, pour ne pas froisser les moeurs ou l'ordre établit entendez la place ou la position de chacun, consisterait donc à suivre et donc obéir à ces codes. Une fois que vous les avez compris, intégrer, intériorisés, c'est là où l'armée ne donne pas des armes pour rien... vous pouvez en jouer ! En jouer cad les faire vôtre, et vous permette des écarts, à la marge.
Bien sûr on ne peut les maitriser tous. Chaque configuration nouvelle appelle peut-être de nouveaux codes... Très à la mode de parler des codes non ? On est dans l'ère du codage... numérique, et alphanumérique !

Bien ! Et donnerons-nous à nos moutons la possibilité, un jour, de réfléchir sur le pourquoi ils obéissent, pourquoi ils obéiraient ? Bien que ne l'oublions pas, s'ils sont en unité disciplinaire c'est bien parce qu'un jour ils ont décidé de désobéir.
Ca me fait penser à une affiche de la Ligue des Droits de l'Homme avec Jean Moulin en portrait qui a pour slogan "Savoir désobéir". Apprenons d'abord à obéir !
Obéir ou désobéir dans un certain sens, à la fin, n'est-ce pas alors la même chose ? Qu'on obéisse ou désobéisse on obéit toujours à quelque chose, à une loi, fût-ce-t-elle la sienne - auto-nomie. Même problématique pour l'ordre et le désordre. Comment sortir de cet écueil ? Qqu sait ? Help !!!

I need somebody, help, not just anybody, help ! Et oui, pas n'importe qui !

Pourquoi donc obéir à un patron, à un père, à une mère, à qqu ? On obéit parce qu'on y trouve son intérêt. Reste à savoir où se trouve son intérêt, peut-on jamais le savoir ? Alors il y a des intérêts évidents : entre obéir et prendre une baffe, obéir et trouver la mort, obéir et perdre son salaire, on choisira d'obéir, mais à condition, à condition, que cela n'aille pas contre ce que nous sommes, ce que nous croyons... Et qu'on nous fasse faire... qu'on nous fasse faire des choses avec lesquelles on se trouve en accord, des choses que l'on trouve d'une certaine manière justes...
D'une certaine manière je veux bien que la loi qui préside à mon action me soit dictée de l'extérieure mais pour cela je dois l'approuvée, non pas seulement y consentir, mais l'approuvée, non pas seulement la reconnaitre comme n'allant pas contre moi, ou étant juste, mais la voir se mouvoir d'un double fondement - aussi bien, dès lors cette loi en a la force - celui de mon approbation interne et de sa justice externe.

Donc saisissons nous de l'idée d'approbation. Approuver qqc n'est pas tout à fait y consentir, et pas non plus en avoir l'intime conviction (cela ne vient pas de soi). Approuver est entre les 2. Y faire approbation c'est lui donner (d'un mouvement vers l'extérieur) la force de l'intime. Tel que l'intime me dicte. L'intime : ce qui m'intime, ce qui vient au coeur de mon intimité et m'oblige. Voilà de quoi doit être forte une loi qui viendrait de l'extérieur me dicter ma conduite : qu'elle m'intime, qu'elle m'interpelle, me fasse réfléchir au passage, et me dicte. Cela ne veut pas dire qu'elle doit donc m'intimider, me mettre en garde contre les forces extérieures. Aussi bien elle est double et se renferme sur elle-même, aussi bien elle n'est pas réflexion.